À la suite des interventions mitigées et inquiétantes du Premier Ministre, scientifiques et experts de la santé n’ont cessé de confirmer la probabilité d’une seconde vague de la pandémie Covid-19. C’est ce qu’affirme Jérôme Salomon, Directeur Général de la Santé dans le figaro :  « il faut se préparer à une reprise de l’épidémie voire à une deuxième vague, cet automne ou cet hiver. Nous ne savons pas tout sur le comportement saisonnier de ce virus qui circule toujours « .

Ces déclarations ne laissent pas indifférents les systèmes financiers qui voient venir une catastrophe financière que la France « ne supporterait pas » en cas de reconfinement. Avant d’analyser les risques financiers et économiques de cette éventuelle situation, rappelons les conséquences de la première vague liée au confinement total en France ces derniers mois.

Le produit intérieur brut de la France n’a jamais autant chuté depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. « Le chiffre de croissance le plus mauvais qui ait été fait par la France depuis 1945, c’est en 2009, après la grande crise financière de 2008. Nous serons vraisemblablement très au-delà », a affirmé Bruno Le Maire ministre de l’économie. Après deux trimestres où le PIB chute de manière consécutive (5,9% au premier trimestre et 13,9% au deuxième), la France rentre officiellement en récession avec la confirmation de l’INSEE. Cette dernière prévoit pour l’ensemble, un recul historique du PIB de 11% avec une attente de retrouver son niveau d’avant-crise seulement en 2022. C’est le même cas au niveau mondial : une récession en 2020 qui pourrait être plus forte que celle observée lors de la crise financière de 2008-2009, selon le Fonds monétaire international. Alors que le covid-19 continue de faire des ravages en France et dans le monde entier, son impact sur la bourse de Paris, plus précisément sur l’indice CAC 40 se remarque fortement. Il a été observé une baisse d’environ 900 points entre la date du premier cas de coronavirus en France et le 3 septembre de cette même année 2020 où elle s’élevait à 5.107,38 points. Sur le front des valeurs, tout le CAC 40 évoluait dans le rouge et le secteur bancaire était en première ligne avec des pertes considérables.

Ces premiers résultats laissent voir un scénario insoutenable si reconfinement il y a. Les foyers de contamination se multiplient, ce qui inclue des mesures plus strictes, ce deuxième choc pourrait enfoncer la France dans une récession plus violente que la Banque de France estime à -16% tandis que l’OCDE à -14% en 2020.
Pour multiples entreprises, dont la majorité s’est retrouvée à l’arrêt complet pendant plusieurs semaines, un deuxième épisode d’épidémie serait synonyme de faillite. Le Secrétaire Général du SDI déclarait en Juin lors d’une étude, que « 30 % des TPE étaient en urgence absolue et confrontées au risque de ne pas terminer l’année ». Cette situation périlleuse est aussi vraie pour les grands groupes français et le CAC 40 ne se retrouve pas moins en difficulté. En période de confinement, l’activité française était réduite d’un tiers et chaque mois de confinement a coûté environ 70 milliards d’euros informe Tristan-Pierre. Bien que plusieurs paramètres rentrent en jeu, nous pouvons aisément déduire les dégâts qui peuvent être causés. Il faut aussi noter qu’une vente importante et durable des devises et des actions pourrait être observée, ce qui conduit à une chute des cours. L’investissement en bourse est déjà initialement risqué. Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque, souligne que « la pandémie reste un facteur baissier potentiel majeur pour les marchés à court et à moyen terme deuxième vague ». L’autre risque serait le cercle vicieux de déconfinement puis reconfinement dans le cas où il n’y a pas de préparation, ce qui conduirait à un « désastre économique » affirme le Dr Mike Ryan, Directeur Exécutif du programme d’urgence de l’OMS.
Cependant, le tableau n’est pas sombre à tout endroit, le fait de vivre un pire scénario dans le cas d’un reconfinement est un sujet mitigé. Des arguments tels que « nous sommes mieux préparés », « nous avons une capacité de tests plus élevée, les entreprises ont appris à fonctionner malgré la crise … » sont courants même parmi les experts de l’économie et de la finance, malgré que tous reconnaissent que certains secteurs et entreprises seront plus fortement affectés. Un autre élément vient aussi rassurer : les mesures seront prises « non plus au niveau d’un pays, mais région par région, zone par zone », indique Thierry Breton. Cela induit donc des impacts économiques moindres. C’est ce que confirme Jean Castex, démarche qu’il nomme « plan de reconfinement ciblé », dans le cas d’une deuxième vague de covid-19 en automne ou en hiver.

Bob Uriel Guinnou,
Consultant Altiad

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